IA : les logiciels peuvent-ils encore protéger leur fonctionnement ? (ANALYSE)

L’intelligence artificielle pourrait réduire le temps et le coût nécessaires pour créer des logiciels aux fonctions comparables à celles de produits établis. Une ...

Juegos GamerGen hace 19 h

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Pendant des décennies, les éditeurs de logiciels ont bénéficié de deux protections. La première est juridique : le droit d’auteur protège leur code et leurs créations. La seconde est économique : reproduire les fonctions d’un logiciel complexe demandait beaucoup de temps, d’argent et de spécialistes.

L’intelligence artificielle ne rend pas les logiciels libres de droits. Elle pourrait toutefois réduire le temps et le coût nécessaires pour créer des programmes aux fonctions comparables, sans reprendre leur code. Les projets autour de jeux PS5, les logiciels qui imitent les outils professionnels et la réécriture de bibliothèques open source illustrent cette évolution.

Il ne s’agit donc pas forcément de copier un logiciel ou de le pirater. Il peut s’agir de développer un outil indépendant qui propose des fonctions similaires. La différence entre reproduire le fonctionnement d’un programme et copier son code est au cœur du débat.

Il s’agit de créer une solution indépendante qui fait la même chose qu’un logiciel existant, sans nécessairement reprendre son code.

AnyPS5 est un projet open source qui cherche à faire fonctionner des exécutables PlayStation 5 sous Linux et Windows . Sa méthode diffère de celle d’un émulateur classique, qui cherche à reproduire le fonctionnement d’une autre machine. La PS5 et de nombreux PC utilisent une architecture de processeur x86-64, ce qui permet à une partie des instructions d’un jeu de s’exécuter directement sur le processeur du PC.

Cela ne suffit cependant pas à faire tourner un jeu. AnyPS5 utilise notamment un relinker , un outil qui adapte l’exécutable aux attentes du système hôte, ainsi que des bibliothèques indépendantes pour fournir certains services demandés par le jeu . Le traitement graphique exige lui aussi des adaptations, notamment pour les shaders , ces programmes qui contribuent à produire les effets visuels.

Ce projet ne supprime donc pas le travail d’adaptation : il évite de reproduire toute la console de la même manière qu’un émulateur généraliste.

AnyPS5 indique ne fournir ni jeux, ni firmware - le logiciel système de la console -, ni clés cryptographiques, ni bibliothèques propriétaires . Il attend un exécutable déjà exploitable et affirme ne pas déchiffrer lui-même les jeux. Selon sa documentation consultée en octobre 2026, le jeu en 2D Dreaming Sarah est annoncé comme fonctionnel à 60 images par seconde sur une configuration PC modeste. La compatibilité reste expérimentale : cela ne signifie pas que les jeux PS5 fonctionneront tous sur PC.

Le projet soulève une question juridique : que peut reprocher un constructeur au développeur d’un outil qui fournit uniquement son propre logiciel et ses propres bibliothèques ? Le fait qu’un programme indépendant accepte un fichier conçu pour une console ne signifie pas automatiquement qu’il contient une copie du code de cette console.

Il faut toutefois distinguer plusieurs éléments . Le jeu reste protégé par le droit d’auteur. L’extraction, le déchiffrement ou la modification de ses fichiers peuvent poser des questions distinctes de celles concernant la création du runner . La légalité ne dépend donc pas seulement du nom donné à l’outil, mais aussi de ce qu’il fait et des fichiers qu’il utilise.

Si des outils indépendants parviennent à exécuter des jeux sans dépendre de la console d’origine, la rétrocompatibilité pourrait aussi évoluer . La possibilité de rejouer à un ancien titre dépendrait alors moins de la disponibilité de la machine ou de sa présence dans une boutique numérique. Ce scénario reste une perspective, pas une conséquence déjà acquise.

Nintendo défend activement son catalogue et ses protections techniques . Une notification envoyée à GitHub le 30 septembre 2026 invoquait notamment les mesures de protection et les clés utilisées avec les jeux Switch . GitHub a indiqué ne pas disposer d’informations suffisantes pour retenir le grief spécifique d’anticontournement, tout en estimant que la notification présentait d’autres griefs liés au droit d’auteur. Cette démarche n’était pas un jugement et ne permet pas de conclure que tous les émulateurs sont légaux ou illégaux.

Le chiffrement d’un jeu, la vérification de sa signature et la compatibilité avec son environnement d’exécution sont des sujets différents . Un outil qui accepte un exécutable déjà préparé ne déchiffre pas nécessairement le jeu et ne contourne pas forcément la protection initiale. Le droit américain du DMCA peut néanmoins concerner certains dispositifs de contrôle d’accès. Il faut donc examiner les opérations réalisées concrètement.

L’histoire judiciaire est instructive. En 1992, dans Sega contre Accolade , la justice américaine a admis que le démontage d’un programme pouvait relever du fair use lorsqu’il était nécessaire pour accéder à des éléments fonctionnels non protégés. En 2000, dans Sony contre Connectix , elle a également donné raison au créateur d’un émulateur PlayStation pour PC, malgré les copies temporaires du BIOS effectuées pendant son développement.

L’affaire Lewis Galoob Toys contre Nintendo date, elle aussi, de 1992. La cour d’appel a rendu sa décision le 21 mai, puis l’a modifiée le 5 août. Elle a estimé, dans les circonstances de cette affaire, que le Game Genie ne créait pas d’œuvre dérivée contrefaisante. Lire la décision Lewis Galoob Toys v. Nintendo .

Le 17 octobre 2024, la Cour de Justice de l’Union Européenne a rendu son arrêt dans l’affaire Sony contre Datel , qui portait sur un logiciel de triche pour PSP. Elle a examiné si certaines données modifiées dans la mémoire vive relevaient de la protection du code du programme. La Cour a répondu que ces données n’étaient pas protégées comme le code si elles ne permettaient pas de reproduire ou de reconstituer le programme. Cette interprétation était favorable à Datel sur ce point, mais la CJUE n’a pas tranché elle-même le litige final entre les deux entreprises.

Ces décisions ne donnent pas un feu vert général aux émulateurs, aux portages ou aux ROM. Elles montrent que modifier un comportement ou reproduire une fonction n’équivaut pas toujours à copier le code protégé.